Bulletin Photograveur juin 2008 N°6

Bulletin Photograveur juin 2008 N°6

 

Édito Par Jean-François Ropert

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Ils ont fait l’ENA,Polytechnique, HEC,Sciences Po, les Mines…Ils sont titulaires de doctorat,master, licence… Ils sontl’élite de la Nation, de la ges-tion et de l’économie. Ils pen-sent pour leurs salariés, pourles citoyens. Ils gouvernent les entreprises et s’investissent d’une responsabi-lité sociale. Leur mission : augmenter les riches-ses, “faire travailler plus pour gagner plus” etgonfler leurs stock-options. Acquisitions, fusions,prises de participation, restructurations sont leurquotidien.Interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics etdu président de la République, ils préconisent leworkfareà l’américaine, le travail contraint et nonchoisi.Economistes redoutables, ils parlent de politiqueéconomique et non d’économie politique. Ils crai-gnent le ralentissement de la croissance, ce phéno-mène inexplicable à leurs yeux, sinon par l’espritchagrin des ménages qui ne veulent pas relancer laconsommation.Leur spéculation : réduire les dépenses socialesqui plombent les résultats des entreprises et le por-tefeuille des actionnaires. Ces têtes pensantes s’ac-cordent sur cette règle économique. « C’est par laréduction des cotisations sociales( » charges « dans le jargon), de la masse salariale et l’augmen-tation de la durée du travail que l’on revitaliseral’emploi et le pouvoir d’achat. » Comment douterde l’analyse économique partagée par cette finefleur  » entrepreneuriale  » et gouvernementale ?Dans notre profession, les dirigeants du journal LeMondeet ceux des NMPP, entre autres, sontimprégnés de ce raisonnement.Une main-d’oeuvre précariséeLa relance, le développement, la qualité éditorialedu quotidien passent inéluctablement par la sup-pression de 130 emplois et une baisse de la pagi-nation. Les égalités sont relativement simples àcomprendre. Moins de journalistes pour plus d’in-formation. Moins d’enquêtes et d’analyses pourplus de réflexion. Pour résoudre ces équations, ilsuffit de pratiquer le “outfare”, départ contraint, enlangage usuel “licenciement”.Le “Défi 2010” des NMPPa la même logique.Distribuer la presse à partir d’un centre de triage,qui traite indifféremment boîtes de conserve, potsde yaourt… et publications. Supprimer 250emplois et embaucher en remplacement une maind’œuvre précarisée.Ces deux exemples démontrent combien les états-majors des entreprises de presse ont cette visionconnue en littérature économique contemporainesous le vocable “théorème de Schmidt”. La réduc-tion de la masse salariale fera “les profits d’au-jourd’hui, les investissements de demain et lesemplois d’après-demain”. Indiscutable, irréfutable.Persuadés qu’ils sont de leur ingéniosité, leur hon-nêteté ne peut être remise en cause. Les parachutesdorés – en passant par EADS, la Société générale,Vivendi, France Télécom… jusqu’aux caisses del’IUMM – ne sont que des accidents déjà oubliés.Et pourtant, si une autre voie était possible. Unautre mode de pensée. Une autre société.Kafka écrivait : “Seul peut être décisif l’individu quise bat à contre-courant”.Et si les travailleurs ne contemplaient pas lesrestructurations, les fermetures d’entreprises et lescortèges de licenciements. Si ceux qui créent lesrichesses mettaient un terme à la baisse de leurpouvoir d’achat. Si ceux qui constituent le tissu pro-ductif se mobilisaient pour leur droit à une retraitedigne, à la santé, à une protection sociale de hautniveau. Si les femmes et hommes dont le travail irrigue l’en-semble des entreprises imposaient à leurs gouver-nant, la responsabilité sociale. Non pas l’obligationqui consiste à verser des indemnités aux départscontraints comme solde de tout compte. Celle quidédouane l’entreprise du licenciement. Mais l’obli-gation de faire. Celle d’assumer sa responsabilitévis-à-vis de salariés qui ont produit de la richessedont l’entreprise a bénéficié. Celle de mettre enplace une véritable “sécurité sociale profession-nelle” qui s’inscrit dans des repères collectifs pourune prospective et une perspective d’emploi.Pour y parvenir, seule la construction d’un rapportde force collectif et d’un lien solidaire du tissu pro-ductif est capable de l’imposer.L’heure est à la mobilisation !

 

Sommaire

Page 1 : L’édito de Jean-François Ropert
Pages 2 à 5 : Le Grand Dossier
Pages 6 et 7 : La vie des entreprises
Page 8 : Le billet de Gilbert

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