Bulletin Photograveur octobre 2007 N°4

Bulletin Photograveur octobre 2007 N°4

 

Édito Par Jean-François Ropert

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Au dîner de la Presse de la Fête de l’Humanité, pendant que le SGLCE, largement rassemblé au stand de Gentilly, gueuletonnait dans une ambiance solidaire et fraternelle, je soupais à côté du directeur de la rédaction d’Alternatives économiques. Au cours de notre discussion, mon voisin lâcha : “ Sarkozy est un néokeynésien”. L’aplomb avec lequel il me “divulgua” cette info, conjugué à la notoriété de l’éditorialiste, me fit vaciller sur mes certitudes. Incrédule, je m’évertuais poliment à disséquer son erreur… et pourtant Philippe FRÉMAUX n’avait peut-être pas tout à fait tort. Les 17 et 18 septembre, l’ami de BUSH lui donnait pour partie raison. SARKOZY s’appliqua dans ses deux allocutions à démontrer la nécessité de l’intervention publique face à l’inefficacité des marchés pour désagréger notre système de protection sociale solidaire, atomiser le service public et liquider les fonctionnaires. Avec “SARKO keynésien”, c’est “la fin du laisserfaire”. l’état pourvoira aux insuffisances de la “main invisible” et se chargera de la besogne : l’Etat providence au secours des marchés, des assurances et de la finance. Le petit “Napoléon” (Napoléon III) du XXIe siècle affiche clairement les prétentions libérales, celles d’instituer les conditions d’une flexibilité des salariés et de l’emploi. Une Sécurité sociale “destinée à garantir les travailleurs et leur famille contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer la capacité de gain et de couvrir les charges de maternité et de famille”, une protection sociale qui contribue avec les services publics à la régulation du système économique est un véritable affront, une insulte à la doctrine libérale, doctrine dont l’idéologie mène, comme le soulignait Michel MULLER au dernier CEN de la Filpac, “à l’individualisme, au corporatisme, au communautarisme.” Mme PARISOT peut sourire, le président de la République tient le cap du patronat et des institutions européennes. Les réformes sur les régimes
spéciaux, les restrictions pressenties pour le financement des retraites et de la santé acceptent d’emblée la loi des marchés. Des issues de progrès La politique de limitation des dépenses n’a pour seul but que de justifier une montée de la capitalisation dans le domaine des retraites et de favoriser l’arrivée d’assurances privées dans le système de santé et une protection sociale à trois étages : une protection minimale assise sur la solidarité nationale, un système assurantiel financé par des cotisations et des formules privées pour ceux en ayant les moyens. Pourtant, à la régression sociale programmée, il existe des issues de progrès. Certes, des réformes sont incontournables, mais sur la base du développement de la solidarité, de l’universalité et de l’efficacité des dépenses sociales. Qu’est-ce qui fait que nous ne pourrions pas avoir les moyens de dépenser davantage pour la santé, l’emploi, les enfants et la sécurité des vieux jours ? Cela suppose de remettre en question les dispositions des lois BALLADUR (1993) et FILLON (2003) pour les retraites, de rétablir l’égalité d’accès aux soins en proposant une réforme alternative à la loi DOUSTE-BLAZY (2004). Concernant l’emploi, la légalisation du “travail au noir”au nom du “travailler plus pour gagner plus”, les exonérations de cotisations, véritable trappe à bas salaires, creusent le déficit de la Sécurité sociale. L’accroissement du nombre des travailleurs pauvres et de la précarité, associé à la politique de réduction de l’indemnisation du chômage, la remise en cause des minima sociaux exercent une contrainte ne favorisant pas un retour à un emploi de qualité et à une formation choisie. Face à cette politique de l’emploi aussi injuste qu’inefficace, il est urgent de mettre en place un système de sécurité d’emploi et de formation, sur le plan national comme sur le plan européen. Avoir les moyens de dépenser davantage implique un développement des recettes basé sur un financement centré sur l’entreprise, lieu de création des richesses. Une modulation du taux de cotisations en fonction du ratio masse salariale / valeur ajoutée inciterait à l’emploi stable, à l’augmentation des salaires et par conséquent, serait source de recettes supplémentaires pour la protection sociale. D’ores et déjà, tout en proposant à la discussion une véritable réforme de l’assiette des cotisations patronales, un certain nombre de mesures peuvent être prises comme l’arrêt de la politique d’exonération de cotisations. Il serait juste, aussi, que l’état régularise ses dettes anvers la Sécurité sociale. Dernier point, les revenus financiers des entreprises qui échappent à tout prélèvement social et s’accroissent, contre l’emploi et la croissance réelle, doivent être mis à contribution. Il en est de même des revenus financiers des banques et des institutions financières. Cela représente plus de 80 milliards qui ne vont ni à l’emploi, ni à la croissance. Bien évidemment, ces réformes ambitieuses impliquent une énorme mobilisation et une lutte des forces populaires contre les dogmes de l’économie libérale, fondée sur la domination des marchés. C’est vital, car le développement de la protection sociale est attaché au développement d’existence du peuple, des peuples.

 

Sommaire

Page 1 : L’édito de Jean-François Ropert
Pages 2 à 9 : Le Grand Dossier
Pages 10 et 11 : Brèves
Page 12 : Le billet de Gilbert

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