Décès de notre camarade Roger Dédame

Roger Dédame nous a quittés

À sa sortie de l’école Estienne, au début des années 50, Roger est embauché à l’imprimerie Larousse comme clicheur galvanoplaste.

En 1959, il me rejoint à l’imprimerie Simart, située rue du croissant.

Au cours des années 60, notre entreprise ferme. Roger devient chef clicheur au Parisien libéré, propriété de Amaury. Il y restera jusqu’au transfert de la composition de la rue Réaumur à la rue des Petites Écuries.

Il rentre à l’imprimerie de Poissonnière, siège de l’Humanitécomme chef clicheur ; il y deviendra rapidement directeur technique. Il mettra en place la modernisation avec le passage du plomb à l’offset.

Après cette réalisation, il pense qu’il n’a plus rien à prouver dans cette entreprise et la quitte.

C’est à ce moment-là que je lui propose de prendre en main notre école de formation et de reconversion professionnelle installée à Chelles. Ce qu’il accepte. Il en devient le responsable technique. L’AFPPI (Association de Formation permanente des Personnels d’Imprimerie) est née.

Le site de Chelles devenant trop exigu, il cherche un autre local où l’AFPPI pourrait s’installer et se développer dans les meilleures conditions. Il trouve rapidement un local à la Plaine Saint-Denis et y installe notre école.

Une rotative y sera rapidement installée pour la formation des rotativistes en impression offset.

Véritable visionnaire, il commence à mettre en place des cours d’informatique bien avant que cette modernisation ne soit effective dans les entreprises de notre profession. Ensuite, viendra naturellement la mise en place de toutes les formations qui accompagneront les évolutions professionnelles de nos métiers. Il sera aussi indispensable pour mettre en place « les stages jeunes » dont nombres de photograveurs devenus aujourd’hui journalistes sont issus. Il sera aidé pour cela par le regretté Jean-Pierre Donnay qui prendra le relais de Roger.

Commence pour lui la recherche d’autres aventures. Le challenge relevé par notre fédération et notre syndicat consistant à fournir et installer une machine feuilles offset au Vietnam le séduira immédiatement. Roger préparera donc un projet financé par nos syndicats, la Chambre typographique et l’ensemble des sections presse du Syndicat du Livre, pour que le journal vietnamien puisse être confectionné à Hanoï.

Il réalisera ce projet. La remise en état du matériel, son acheminement et son installation seront assurés par son équipe ; et les ouvriers vietnamiens seront formés sur place.

L’inauguration se tiendra sur le sol vietnamien avec une délégation conduite par René Bouyrie, secrétaire fédéral.

Quelques années plus tard, cette solidarité exemplaire s’est de nouveau manifestée, le Vietnam souhaitant l’acquisition d’une rotative. Et une fois de plus, Roger répondra présent et s’investira pleinement dans ce projet.

Une rotative d’occasion sera trouvée en France et remise en état de marche bénévolement par la profession. Sur place, l’installation et la mise en route seront assurées par une équipe des ouvriers du Livre toujours dirigée par Roger.

Le Vietnam finança l’acquisition de la rotative, et le reste sera le fruit de la solidarité.

Au cours de cette même période, la modernisation, la valse des titres, les transferts à l’étranger nous préoccupent.

Nous apprenons que la direction d’Hachette envisage le transfert de son titre imprimé en presse parisienne Ici Parisen impression hélio et sur un format plus petit. La réaction est vive au sein des équipes : où s’arrêtera l’hémorragie si nous cédons ?

Nous retrouvons une rotative hélio abandonnée à Lieusaint, propriété de Victor Michel.

Après examen du matériel, Roger nous confirme que tout est possible et qu’avec un peu d’huile de coudes (bénévoles) pour la remettre en état, la rotative peut redémarrer. Il en est de même pour la gravure des cylindres à Arcueil, également propriété de Victor Michel.

Il conduira une nouvelle fois, avec l’ensemble des ouvriers de la presse parisienne, le travail nécessaire au redémarrage de ces entreprises.

Les formations seront mises en place pour permettre au personnel issu de la presse parisienne de mener à bien la gravure des cylindres et l’impression en rotatives hélio.

Ici Paris ne quittera pas la presse parisienne !

Voici quelques exemples de la vie militante de Roger riche en expériences et en prouesses techniques. Sans oublier bien sûr l’ensemble de son œuvre littéraire, dénuée de neutralité, comme il se plaisait à le dire.

Il a écrit énormément de livres sur la profession ainsi que sur nos syndicats, sur leurs forces mais aussi sur leurs contradictions.

Il suffit de taper, comme on dit aujourd’hui, sur internet « Roger Dédame » pour constater l’ampleur de son œuvre.

Une vie une œuvre bien remplie au service des travailleurs du Livre dans son ensemble.

Dans ce moment douloureux et difficile, nous n’oublions pas de penser à Hélène son épouse depuis plus de 60 ans qui l’a accompagné et conforté dans ses engagements, mais aussi une pensée à sa fille Françoise et à ses petits-enfants.

Dernièrement, il me faisait part de la découverte de cette maladie qui ronge l’être humain.

Il avait refusé toute intervention chirurgicale et thérapie. Il se contentait d’attendre.

La disparition de son fils qui l’affectait beaucoup n’était sûrement pas étrangère à ce choix.

La famille a souhaité des obsèques discrètes ; certainement un choix partagé avec Roger.

Respectons leur choix.

Alors adieu Roger, adieu camarade de toujours !

René Lepeu

 

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