Bulletin Photograveur juin 2013 N°17

Bulletin Photograveur juin 2013 N°17

 

Édito Par Jean-François Ropert.

Bulletin_photog_201306N17UNEEn 2006, l’édito de notre première publication informe que notre «travail d’information veut être un rempart contre l’oubli. Cette amnésie volontaire, sélective ou inconsciente qui peut assaillir nombre d’entre nous.»

 

En effet, l’homme politique est sujet à des absences de mémoire lorsqu’il songe qu’il aurait mieux fait de se taire ou de ne pas faire. Il revisite l’histoire et s’accorde le pouvoir d’effacer son action ou son atonie, ses dires ou ses silences et d’entretenir l’ambiguïté sur ses prévisions. L’oubli permet de remanier les paroles, transmuer les actes, abandonner les promesses et de maquiller le renoncement en projet. Une perte de mémoire qui offre aux hommes de pouvoir libéraux ou sociaux démocrate, cette déconcertante facilité pour déclarer «la lutte contre la pauvreté» et pratiquer une politique d’austérité qui assomme les peuples.

 

22 janvier 2011. Au Bourget, un homme politique déclare : «Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti… Pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la Finance.»

 

Séisme dans la structure du pouvoir des institutions politiques et financières. Un potentiel présidentiable se souvient d’Enron, des comptes d’Andersen et de Worldcom, de Vivendi, de Parmalat, de la Société générale, de la crise des subprimes, de Lehman Brothers, d’UBS et de l’évasion fiscale, des affaires Goldman Sachs et Madoff, des emprunts toxiques… Ces scandales qui ont eu et ont encore des répercussions ravageuses pour les peuples et génèrent la souffrance des individus.

 

Le 6 mai 2012, deuxième tour de la Présidentielle, les citoyens ont le pouvoir de changer les têtes… Mais n’obtiennent pas celui de changer de politique.

 

Le Medef et les détenteurs du pouvoir financier peuvent souffler, le pouvoir actif de l’esprit a fait son oeuvre et l’oubli les a préservés des folles imaginations d’un candidat impétueux. Des jours heureux

 

Ils pourront puiser dans la boîte à outils commune des idées anciennes et ressortir celles de l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui saluait début 2012 le bilan des réformes de l’ère sarkozienne.

 

Le peuple, lui, devra admettre que, si toutes les entreprises doivent, au nom de la compétitivité mondiale, licencier, baisser les salaires, flexibiliser, précariser, détruire le droit du travail, la protection sociale, les services publics et détourner au profit des actionnaires l’augmentation exponentielle des richesses, que c’est pour le mieux-être économique.

 

Face à cette impasse, pour un avenir meilleur, la désespérance peut gagner le corps social et faire le lit de l’extrême droite.

 

«Les hommes avaient perdu le goût de vivre et se foutaient de tout (…) dès que la peur hante les murs, les loups s’en viennent la nuit venue…» (1). L’insécurité sociale et civile relègue l’exigence de justice, de solidarité et d’égalité derrière le souci de l’ordre.

 

La victoire de la peur arme le discours et les idées fascistes.

 

Alors le temps n’est plus à s’indigner mais à celui de lutter.

 

La Sécurité sociale, les congés payés, les droits syndicaux et du travail, la retraite et d’une manière générale tout progrès social ne sont pas des cadeaux du libéralisme et des entrepreneurs. Chaque conquête sociale a été arrachée par les luttes et les grèves ouvrières, les forces politiques progressistes et le mouvement syndical, principalement le Parti communiste français et la CGT, et par toutes celles et ceux qui sont animés par le désir du progrès humain, celui du vivre ensemble, digne et libre.

 

L’apathie et l’inertie nous mèneront à l’amnésie collective qui nous fera oublier jusqu’à la conscience même que quelque chose a été perdu. Seule une mobilisation puissante et durable nous permettra d’infléchir les politiques actuelles vers le progrès social.
(1) « Les loups » de Serge Reggiani.

 

 

Sommaire

Page 1 : L’édito de Jean-François Ropert
Pages 2 à 4 : Le dossier
Page 5 : René Lepeu
Pages 6 et 7 : Brèves
Page 8 : Ne nous fâchons pas

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