Bulletin Photograveur décembre 2008 N°7

Bulletin Photograveur décembre 2008 N°7

 

Édito Par Jean-François Ropert

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Corse 2007 François Fillon déclare “Notre pays est en situation de faillite financière et en cessation de paiement, il faut que les français le comprennent”. Le premier ministre prépare alors son offensive contre les régimes spéciaux et la retraite. Janvier 2008. Le président de la République répond à une journaliste “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ? ” L’ex-candidat du pouvoir d’achat annonce à ses concitoyens qu’il va falloir se serrer la ceinture.
Et puis, patatras ! la crise ! les banques et les institutions financières sont en faillite. En quelques semaines, en quelques jours, les chefs d’Etat, tombent sur des monceaux de trésors, jusque là inconnus pour la consommation des ménages, la protection sociale, l’emploi, l’éducation, les services publics…Sauver le capitalisme devient une cause planétaire !
Araison, le spectre de la crise de 1929 est brandi. Les causes : un accident, un caprice du système ; la solution : un nouveau code qui stabiliserait la sauvagerie financière et autoriserait l’émergence d’une société capitaliste socialisée. Concept très ancré dans la conscience des libéraux de droite, du centre et du ventre mou de la gauche. Et si, sans faire de politique, c’était le système libéral, lui-même, le fondement de la crise ? Mésaventure, ou crise systémique ?
La source : une suraccumulation du capital d’un côté, et de l’autre, la réduction des salaires, des dépenses sociales et du travail vivant. Une situation qui ralentit la demande effective, bloque l’investissement productif et régente les profits des entreprises à des fins spéculatives. C’est alors le cercle vicieux des fermetures d’entreprises, le développement du chômage, la chute de la production et de la productivité du travail, la croissance est au point mort ou négative, c’est la récession.
Plus proche de nous, le krach de 1987, qui amène la récession de 1990-1991 et l’effondrement de l’immobilier est déjà une crise de la “sphère financière” et le résultat des politiques publiques soumises à la croyance libérale, de la mondialisation financière à la régulation par le marché. Depuis près de trente ans, depuis la “révolution libérale” des conservateurs Margaret Thatcher, et Ronald Reagan, le montant des actifs financiers n’a cesser de gonfler et la spéculation de croître. Les gouvernements successifs de droite ou sociaux-démocrate ont accéléré cette politique de libéralisation et de déréglementation de l’économie. Le désengagement de l’Etat, l’abandon des politiques publiques de régulation et de celles des hausses salariales générales ont renforcé le contexte d’incertitude de l’avenir de l’individu comme celui de l’entreprise et accentué l’instabilité de l’investissement et de la croissance.
Aujourd’hui, la sphère financière constitue le cap le plus avancé de la politique libérale. C’est dans ce domaine que les opérations du capital se réalisent sur les montants les plus élevés, et, où leur mobilité est la plus importante. C’est dans cet univers capitaliste que les institutions financières et autre fonds de pension dictent leur volonté aux Etats, suivant le dogme “les marchés veulent” Alors peut-on s’interroger sur le bien fonder du système libéral ? Y a-t-il conflit d’intérêt entre la croissance de la “sphère financière” et celle du PIB ? Ya-t-il un lien entre la financiarisation des groupes industriels et l’absence d’investissements vers la production ? Les exigences de rentabilité des institutions financières et des fonds de pension ont-elles un rapport avec le développement de la précarité, la baisse du pouvoir d’achat, le recul de la protection sociale, l’aggravation du chômage et l’exclusion ? Existe-t-il une corrélation entre mondialisation libérale et état de guerre permanent à l’échelle de la planète ? Y a-t-il antinomie entre profits financiers et écologie ? Mais, attention ! répondre a ces questions c’est aussi faire de la politique !..

 

Sommaire

Page 1 : L’édito de Jean-François Ropert
Pages 2 à 5 : Le Grand Dossier
Pages 6 et 7 : La vie des entreprises
Page 8 : Le billet de Gilbert

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