14/19 La mémoire nous joue des tours

14/19 La mémoire nous joue des tours

Cette année, nous avons eu droit à la commémoration de la guerre de 1914-18, sous toutes ses formes, avec des accents larmoyants eu égard aux millions de morts, avec des sanglots dans la voix sur l’air du « plus jamais ça », mais toujours nous avons subi les refrains cocardiers, patriotes, chauvins et nationalistes (cousins d’une même famille). Nous avons même appris que les 430 000 soldats des peuples colonisés sont venus se faire trouer la peau « pour la France », comme l’a annoncé le président de la République, ce qui justifierait après coup l’intervention française au Mali « pour préserver l’intégrité d’un pays démocratique ».

Joli tour de passe-passe ! « On croit mourir pour la Patrie et on meurt pour les intérêts des industriels et des banquiers », disait Anatole France. Cette phrase est remise au goût du jour par Jean-Yves Le Drian sous une forme modernisée, commentant la hausse des ventes d’armes françaises dans le monde : « Cela veut dire qu’il y a des menaces dans  le monde et aussi que les industriels français sont performants. » Les temps changent, les raisons de mourir restent les mêmes.

Même la mort tragique de nos camarades de Charlie Hebdo ainsi que des pauvres gens de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes ont servi aux larbins du capital pour nous refaire le coup de l’union nationale, la même supercherie qui a précipité des millions de travailleurs, frères de classe, à s’entretuer pour leurs propres patrons. L’histoire se répète en bégayant, disait Marx, mais elle se répète quand même. Et il nous faut de la mémoire pour ne pas retomber dans les mêmes panneaux.

 

La Compagnie Jolie Môme nous gratifie d’une pièce de théâtre tragique et drôle, effrayante et pleine d’espoir, nous faisant passer du rire aux larmes, entre le drame et le tour de chant sur le thème de la résistance au poison capitaliste.

Dans le cadre de la montée à la guerre de 14, nous voyons Jaurès, Clémenceau, Léon Jouhaux, la trahison de la social-démocratie quand elle vote les crédits de guerre, les leaders de la CGT hier internationalistes qui embouchent les trompettes du patriotisme et se rangent derrière le gouvernement pour appeler les travailleurs à s’engager dans la grande boucherie.

Nous voyons Montéhus, chanteur anarchiste internationaliste devenir le plus germanophobe des va-t’en-guerre de la période. Puis Jeanne Labourde, première communiste française, Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht, héros communistes allemands, fidèles jusqu’à la mort aux idéaux internationalistes et à l’amitié entre les peuples prolétaires. Ils seront trahis, emprisonnés, fusillés par leurs anciens camarades du Parti Socialiste allemand.

Quelle belle idée que cette allégorie de la finance internationale, sous les traits d’une plantureuse jeune femme, les billets de banque sortant des poches, un jeu de cartes à la main symbolisant son règne sur le monde.

Nous voyons aussi la révolution russe, l’espoir qu’elle donne aux peuples en guerre, l’effroi des puissants quand ils s’aperçoivent que leurs soldats lèvent la crosse en l’air et rompent les rangs, appliquent la grève aux armées, fraternisent, fusillent leurs propres généraux… la prophétie du chant d’Eugène Pottier, L’Internationale, se réalise dans la boue des tranchées, 57 ans après son écriture.

Les décors sont simples et chatoyants, les acteurs sont beaux (et belles !!!), on y rit, on y pleure, on a envie que ça ne s’arrête pas. Malheureusement, ça s’arrête et on n’a pas vu le temps passer.

Alors du coup, on demande si la pièce se joue encore longtemps… coups de bol, ça marche tellement bien qu’elle reprend à partir du 20 mars.

Qu’est ce qu’on peut vous dire encore pour que vous y alliez ? Ah oui, on y mange bon, on y boit bien, on peut discuter avec les comédiens pas fiers, on a l’impression de passer une soirée avec des amis chez lesquels on jouerait une pièce de théâtre.

Au plaisir de vous y voir, ça change de TF1.

Thierry Fronty

 

 

 

www.cie-joliemome.org

www.youtube.com/channel/UCis5BJL3LLQFUEb8YAapKuQ

 

Du 20 mars au 6 avril 2015

Les vendredis et samedis à 20h30

Les dimanches et le lundi 6 avril (férié) à 16h

Représentation exceptionnelle jeudi 26 mars à 19h

 

Possibilités de représentations scolaires en nous contactant.

 

Au théâtre La Belle Etoile,

14 rue Saint-Just à Saint-Denis, quartier de La Plaine

M° Front Populaire (Ligne 12)

 

Réservations conseillées au 01 49 98 39 20

twitter @CieJolieMome

Tarifs 18 et 12

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