Bulletin Photograveur mai 2014 N°19

Bulletin Photograveur mai 2014 N°19

 

Édito Par Jean-François Ropert.

Bulletin_photog_201306N17UNENon pas parce que le patron du Figaro, fils de Marcel Dassault qui fut sauvé du camp de concentration de Buchenwald par le communiste Marcel Paul, s’affiche complaisamment avec le président d’« honneur » du Front national, auteur « des chambres à gaz sont un détail de l’histoire… », mais parce qu’élection après élection, locale, nationale ou européenne, le taux d’abstention et le vote «n’importe comment» s’amplifie. Une nouvelle démocratie apparaît : une démocratie… sans citoyens.

Certains d’entre eux, assommés par le matraquage médiatique des représentants politiques, de moins en moins représentatifs, d’une droite libérale ou d’une gauche sans projet ni volonté politique de transformation sociale, désertent les urnes. D’autres, abrutis par les émissions bouffonnes, manipulés par des «experts» récitant à flux continu la fable de la compétitivité vertueuse, tétanisés par la peur de demain, exclus socialement, dégoûtés par le carriérisme politicien et l’affairisme, votent en réaction. L’extrême droite fait trafic de l’ignorance et de la détresse politique, culturelles et sociales.

Abstentionnisme ou vote «boulangiste», ces formes de résilience manifestent la faillite morale de la politique. Une dépolitisation qui mène à la résignation et conduit à l’individualisme. Le philosophe référent de la politique libérale, Alexis de Tocqueville, définissait celle-ci comme un «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même».

Le résultat en est une déliaison sociale, une rupture entre l’individu et la société, une opposition entre le «je» et le «nous», qui aboutit à l’atomisation de la solidarité dans sa signification politique «faire société».

Combien est révélateur le rapport à la question de la Sécurité sociale. En effet, de quelle politique se dote une démocratie pour parvenir à protéger les droits de l’Homme qu’ils soient économiques, sociaux, culturels et pour éliminer toute forme de discrimination, principe indispensable pour que le peuple exerce toute sa souveraineté ? Or, pour une majorité de l’opinion, la Sécurité sociale est une institution dépourvue de fondements et de pensées politiques. Pire, nos «analystes», subordonnés au culte du marché, assurent qu’elle serait la cause du chômage et de la baisse du pouvoir d’achat en « plombant » la compétitivité des entreprises et en alourdissant le « coût » du travail. Ce mode d’expression politique permet alors de dénoncer la solidarité comme une charge collective et que celle-ci représente un danger pour l’individu « lui-même », l’autre devenant un frein à sa liberté individuelle. C’est ce raisonnement qui prévaut lorsque des salariés sont écartés du « bénéfice » relatif à la pénibilité, au seul prétexte que leur changement de statut professionnel ne les autorise plus à cotiser à une caisse professionnelle (ex : Capsag), même s’ils ont été affiliés à celle-ci plusieurs décennies . Stigmatisés, les « vieux », les « malades », les chômeurs, les intermittents, les femmes seules avec enfant(s), les handicapés, les étrangers… sont désignés comme responsables de l’équilibre financier du système de protection sociale et de la crise de la société.

Du côté des politiques, depuis les années 70, les gouvernements ont une approche purement libérale et financière de la Sécurité sociale. Cela leur permet de concevoir une gestion « pleine de bon sens » ; baisse des prestations, séparation entre ce qui relève de l’assurance et de l’assistance ; pour finir par l’ouverture sur le privé et l’individualisation, contribuant ainsi à aiguiser la fragmentation sociale et à augmenter les inégalités.
Or, le malheur social alimente la crise de la démocratie. Le désespoir, loin d’éveiller l’esprit citoyen et l’ouverture aux autres, conduit à la tentation démagogique et illusoire du sauveur suprême ou d’un pouvoir dictatorial.

Sans liberté sociale, pas de liberté politique ; et sans liberté politique, pas de démocratie.
La Sécurité sociale est au cœur de ces libertés car elle vise à rendre les individus libres en organisant, de manière collective et solidaire, leur protection. Une société du «vivre ensemble» mariant la responsabilité individuelle du «je» à la solidarité collective du « nous ». En somme, une société démocratique.

 

 

Sommaire

Page 2, 3, 4 et 5 : Vie syndicale
Pages 6 et 7 : Actualité
Page 8 : Ne nous fâchons pas

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