Bulletin Photograveur décembre 2013 N°18

Bulletin Photograveur décembre 2013 N°18

 

Édito Par Jean-François Ropert.

Bulletin_photog_201306N17UNEComme il peut briser une amitié, une famille, démolir une communauté, un syndicat, dévaster une région, une nation, le capitalisme dans sa version libérale, où chacun est, se fait et existe par et pour lui-même, atomise la société du vivre bien avec autrui, celle du progrès humain.

Sous chimères d’indépendance et d’autonomie pour l’individu, le capitalisme consume une société qui agrège liberté, égalité et fraternité, interdit toute construction de république sociale qui se forge par le renforcement des liens culturels et sociaux intercommunautaires (travail, voisinage, clubs, associations, syndicats, région, nation…). Son arme, la crise. Congruente au capitalisme, elle justifie la logique de compétitivité. Elle permet d’exercer le chantage à l’emploi avec la soumission des salariés. Une servitude qui peut mener jusqu’à l’abandon du droit de grève, l’acceptation de la réduction des salaires et/ou des acquis relatifs à la protection sociale et professionnelle du salarié. Une docilité favorisée par une espèce de narcissisme pathologique de quelques responsables syndicaux, facilitée par des salariés isolés et/ou collectifs piégés par le dogme de la concurrence, anabolisés au culte de la performance ou encore drogués au fantasme libertaire de la NAO.
Chaque individu salarié est en guerre contre l’Autre ; l’ouvrier exploité du monde entier, l’immigré, le « profiteur » du Pôle emploi ou du revenu de solidarité active (RSA), des allocations familiales, le malade qui pille l’assurance-maladie, le « vieux » qui fait crever les retraites…
Chaque région, chaque ville est la rivale des autres dans la course aux capitaux pour sauver une usine, une filière, des emplois. Le poujadisme, corporatisme à l’extrême, se réveille. Rien d’anodin à ce que Le Pen se coiffe d’un bonnet rouge.

Ce cadre social hostile révèle l’homme décrit par Thomas Hobbes, à cette différence que ce n’est pas l’homme à son « état nature » mais bien le système libéral qui amène la société à cette situation de chaos.
Cette situation de désordre politique économie et social nourrit alors l’exigence d’un commandement sécuritaire, quitte à ce que ce nouvel ordre soit liberticide.
Comment se sortir de ce fascisme communautaire latent, de cette régression de civilisation où les ghettos matériels et culturels remplacent l’interdépendance sociale et la société interculturelle ? Comment ne pas tomber dans l’obscurantisme et la haine de l’autre, bases du programme du Front national ?

Le partage des richesses

Faire de l’anti-Hollande-Ayrault ? C’est laisser supposer qu’un changement d’hommes suffit. Renverser le système ? Evident soit, mais le grand soir beaucoup moins. Escompter le retour de la croissance ? Comme si celle-ci était partie en vacances et qu’elle allait revenir avec le durcissement de l’austérité… C’est la solidarité qui est le fondement du progrès social, celle du partage des richesses produites. En 2012, 40,9 milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires pour les seules entreprises du CAC 40, soit — en pleine politiques de rigueur — 5 % de plus que 2011. La solidarité, c’est l’augmentation de la part des salaires dans la valeur ajoutée, en réduisant l’exigence de rentabilisation des capitaux.

La solidarité, c’est l’idée originelle de la protection sociale (vieillesse, chômage, santé, famille), celle du lien social et non la culture de l’assuré social.

Cela demande de prendre conscience que la satisfaction des revendications individuelles, catégorielles, corporatistes, communautaires au détriment des autres, salariés ou sans-emploi, français ou étrangers, condamne tout avènement d’une république sociale.

Cela commande de comprendre que le progrès commence avec le souci d’autrui et l’intérêt du bien commun.

 

 

Sommaire

Page 2 et 3 : Congrès
Pages 4 et 5 : Vie syndicale
Page 6 et 7 : Actualité
Pages 8 : Ne nous fâchons pas

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